Cambodge
KONG NAY
un barde cambodgien
Maison des Cultures du Monde, 13 et 17 mars à 20h30
concerts organisés grâce au concours de Dunnara Meas
La voix troublante et le témoignage
d'un artiste qui a survécu au génocide
Kong Nay, virtuose du chapey - un luth à long manche à deux ou trois cordes, est l'un des rares artistes cambodgiens survivants du régime exterminateur khmer rouge. À peine dix pour cent des musiciens, chanteurs, danseurs... en sortiront vivants. Et ce vide est loin d'être comblé. Ce qui explique l'absence chronique d'artistes cambodgiens sur les scènes étrangères.
Aveugle à l'âge de quatre ans, conséquence d'une variole mal soignée, Kong Nay apprend le chapey une dizaine d'années plus tard avec son grand-oncle, dans son village de la province de Kampot, près de la frontière khmero-vietnamienne. Rapidement, il acquiert la maîtrise de cet instrument et du chant qui l'accompagne, fait de ruptures, de plaintes accentuées. Il apprend les contes, les récits épiques du Reamker (la version khmère du Ramayana).
C'est surtout dans l'improvisation de la chronique douce-amère de la vie quotidienne qu'il excelle. Ce barde se produit en soliste pendant des heures lors des fêtes traditionnelles, des mariages ou d'autres cérémonies tel le Kat Khan Sla, prière offerte à la fiancée dans la nuit qui précède les noces.
En 1975, après cinq années de guerre contre le régime pro-américain de Phnom Penh, les maquisards Khmers rouges de Pol Pot s'emparent du pouvoir. Commence le génocide : plus de deux millions de personnes (près d'un tiers de la population) vont périr. Certainement en raison de sa cécité, les séïdes du dictateur lui imposent dans un premier temps un autre "travail" : se rendre dans des camps de travaux forcés pour chanter la gloire du nouveau régime devant ses compatriotes qui vivent un quotidien de folie et de mort. Ses improvisations déplaisent aux Khmers rouges. Il est alors envoyé dans un atelier où il tresse des feuilles de palmier pour en faire des cordes. "Ils n'ont pas eu le temps de me tuer", dit-il.
Le cauchemar prend fin en janvier 1979. Kong Nay retrouve son instrument, et, pour survivre, il chante dans sa région natale contre un peu de riz. Il se fait remarquer en remportant le premier prix de plusieurs festivals cambodgiens. Vers la fin des années 80, grâce à l'aide de Pich Tum Kravel, le directeur du théâtre national, il s'installe à Phnom Penh et donne ses premiers cours. Ainsi, l'art du chapey, peu connu en Occident, est sauvé au moins provisoirement. Car Kong Nay se montre plutôt pessimiste pour l'avenir face aux ravages de la musique de divertissement. "Cette musique sur laquelle les jeunes d'hier s'enivraient / Elle n'intéresse plus personne", chante-t-il. En 1995, il donne, en France, son premier concert européen.
Les concerts de Kong Nay, qui sera accompagné par la musicienne Sinn Suoy (chant et chapey), se divisent en deux parties : l'une consacrée aux chansons traditionnelles ; l'autre aux improvisations sur le quotidien, la souffrance ou encore l'appel au "retour" de son jeune frère, mort sous la torture, qui le guidait dans les rizières. Alors Kong Nay, avec ses larges lunettes noires, sa voix rauque, ses rythmes syncopés fait penser aux chanteurs de blues du sud des Etats Unis qu'il a récemment découverts.
James Burnet
À écouter :
Kong Nay, un barde cambodgien : CD INEDIT W 260112
Inde
Kérala - TEYYAM
Théâtre Equestre Zingaro, 4 et 5 avril à 20h30, 6 avril à 17h00
chaque représentation est précédée de 3 heures de maquillage et de préparatifs commentés
Quand les divinités monstrueuses du Kerala jouent avec les hommes
Au Kerala, État du sud-ouest de l'Inde, subsistent des religions dramatiques millénaires, dont la forme spectaculaire laisse stupéfait par ses aspects fantastiques et sa splendeur.
Le teyyam ou teyyatam (jeu de dieu), en langue malayalam, fait partie de ces cérémonies saisonnières, soigneusement préparées et mises en scène par des ritualistes initiés, pour un public connaissant parfaitement les codes, mais en attente et en demande de l'événement qui lui apportera ce que la vie quotidienne ne peut lui fournir.
Exécuté, après la seconde récolte de riz (entre janvier et mars) par les "peuples des collines", le teyyam caractérise un village (ou une région), car celui-ci se trouve lié à une ou plusieurs divinités. Les "peuples des collines", qui font partie des adivasi ou aborigènes de l'Inde et sont marginalisés par les populations hindouistes majoritaires, vivent pourtant grâce à leurs religions dramatiques, en parfaite harmonie avec les milieux naturels et avec les autres hommes.
Un voyage chamanique
Grâce au teyyam en particulier, ils cultivent, en effet, un rapport privilégié avec la surnature. Le rituel leur permet d'appeler la divinité, de se rendre symboliquement auprès d'elle, de lui demander conseil puis de revenir, enrichi et apaisé, parmi les membres de la communauté.
Cette brève description montre que ceux qui peuvent côtoyer les dieux appartiennent à lacatégorie rare et privilégiée des chamanes.
Chamanes en effet, les initiés ou komoran pratiquent le voyage chamanique, métamorphosés en cette divinité qu'ils vont s'efforcer d'atteindre.
Maquillages et costumes remodèlent les corps
Pour cela, ils se font maquiller le corps et le visage pendant trois heures puis ils vont revêtir un costume extravagant qui va changer les proportions de leur corps.
Enduits de matières minérales et végétales, leur corps et leur visage vont prendre petit à petit des caractéristiques terrifiantes. Leurs yeux creusés de noir les feront ressembler à des cadavres. Ils planteront dans leurs lèvres, devenues babines sanglantes, des canines d'argent recourbées. Leur corps disparaîtra sous une immense crinoline pourpre. Certains s'attacheront des seins de métal sur la poitrine. Des anneaux de bronze ou d'argent, pesant chacun plusieurs kilos, enserreront leurs chevilles. Sur leur tête sera placé le mudi ou coiffure-tour, pouvant mesurer parfois quatre mètres de haut et trois mètres d'envergure. Les serviteurs du sanctuaire de la forêt leur tendront un morceau de miroir. Et lorsque leurs yeux rencontreront les yeux de leur image, ils se changeront en une marionnette monstrueuse et commenceront le voyage chamanique car ils pourront alors atteindre l'extase.
Le maquillage, l'habillage, mais aussi la musique des grands tambours chenda et des hautbois nageswaram, la danse basée sur des sauts, des marches, des tourbillons font partie des psychotropes capables de mener ces hommes longuement entraînés, vers un état de conscience altérée.
La parole est aux divinités
Leur esprit ou leur âme errera pendant un certain temps dans un monde différent. Puis il réintégrera leur corps. Et là, au milieu du sanctuaire, le ritualiste, avec une voix changée, une voix flûtée ou une voix animale, donnera une consultation. Il répondra dans une langue secrète aux questions des membres de sa communauté parce que, à ce moment-là, s'opère un autre phénomène : celui de la possession.
Qui sont ces divinités primordiales qui acceptent de traverser un continent pour venir rencontrer des êtres humains qui ne connaissent même pas leur nom ?
À l'origine, les saptamatrika (les sept mères) et leur descendance veillaient sur le monde. A la fois buveuses de sang et protectrices de la fécondité, elles étaient nécessaires aux populations errantes de chasseurs confrontées aux plus grands périls. L'hindouisme, apparu au Kerala autour du premier millénaire avant J.-C., n'a pas réussi à les faire disparaître. Au contraire, les "peuples des collines" ont syncrétisé les nouvelles divinités avec les anciennes.
Ce qu'approchera le public français, c'est une vision fantastique d'un monde différent, d'abord celui de l'Inde archaïque mais aussi celui de l'invisible. Il aura accès à des perceptions surprenantes qui, pour lui, ne feront partie que de l'esthétique, mais une esthétique si forte qu'elle provoquera certainement l'émotion. Il touchera ce qu'Artaud appelait "le théâtre de la cruauté".
Françoise Gründ
Indonésie
Java-ouest
TEMBANG SUNDA
Ida Widawati & l'ensemble LS Malati Ida
Maison des Cultures du Monde, 25 et 26 février à 20h30
Avec le concours du Centre Culturel Français de Bandung
Le Tembang Sunda par Ida Widawati, la plus grande chanteuse du pays Sunda
Il est de par le monde des musiques qui, de quelque culture que soit l'auditeur, s'imposent par leur immédiate évidence, leur puissance évocatrice, leur grâce, et provoquent en nous la nostalgie d'un passé que l'on n'a pourtant point vécu ; des musiques qui portent les mots bien au-delà du langage, et soulèvent dans nos coeurs des vagues d'émotion. Le tembang sunda est de celles-là.
Musique de chambre intimiste et raffinée, univers feutré à la douceur paradisiaque façonné par une chanteuse, une flûte et quelques cithares, le tembang sunda vit le jour au XIXe siècle à la cour du régent de Cianjur afin, dit-on, de divertir les princesses en proie au spleen. On est là au coeur du pays Sunda (Java-ouest) dont la langue et les formes artistiques sont bien différentes de celles des autres régions de Java.
Pour tout mélomane sundanais, le tembang sunda est le meilleur moyen d'échapper à la trivialité de la vie quotidienne. Il chante la nostalgie du royaume de Pajajaran, disparu au XVe siècle, et les hauts faits de ses héros, évoque les paysages de lacs et de volcans, traduit la solitude et le mal d'amour dans un style qui, plus que tout autre, appelle à la contemplation et à la mélancolie.
La musique est un modèle d'équilibre. La chanteuse interprète les poèmes d'une voix douce et flexible, secondée pas à pas par les inflexions plaintives de la flûte qui "enrubannent" le chant de délicats ornements. Le tout est littéralement posé sur un tapis sonore étroitement tissé par les motifs mélodiques des cithares, comme l'écho ouaté d'un gamelan dans le lointain.
Ida Widawati, née en 1956, est aujourd'hui reconnue comme la plus grande chanteuse de tembang sunda. Sa voix au registre large offre une extraordinaire palette expressive, tantôt mystérieuse, tantôt romantique ou sereine. Après avoir été l'élève du maître Apung S. Wiratmadja et s'être distinguée trois fois de suite comme lauréate du Damas, célèbre concours biennal de tembang sunda, en 1972, 1974 et 1976, elle entame une brillante carrière internationale. La Maison des Cultures du Monde l'invite à trois reprises, en 1991, 1993 au théâtre du Rond-Point et en 1995. Son premier CD enregistré en 1993 pour la collection INEDIT/Maison des Cultures du Monde a été unaniment salué par la critique.
Pierre Bois
Le Tembang Sunda
D'île en île, de région en région, l'archipel indonésien offre une variété de formes artistiques d'une extrême richesse. Le tembang sunda (lit. "poésie sundanaise") en est un des meilleurs exemples. Ce genre poétique, vocal et instrumental s'est épanoui à l'ouest de l'île de Java, dans la région montagneuse du Preanger et dans les villes de Bandung, Cianjur, Garut et Sukabumi. Cette région est le Sunda, un pays dont la langue, les coutumes et les formes artistiques sont très différentes de celles du centre et de l'est de l'île de Java et que l'on identifie au royaume hindouisé de Pajajaran disparu sans laisser de trace au cours du XVe siècle.
Musique de chambre intimiste et raffinée, le tembang sunda vit le jour et se développa au XIXe siècle à la cour du régent de Cianjur afin, dit-on, de divertir les princesses de la cour, et ce n'est qu'ensuite qu'il se répandit dans tout le pays sundanais.
Dans les villes de Java-ouest, les amateurs de tembang sunda organisent régulièrement des salons de musique intimes, les malam tembang, où les artistes, amateurs et professionnels confondus, chantent tour à tour pour leur plaisir et celui de quelques privilégiés. Musiciens et auditeurs sont assis à même le sol, entourés de plateaux couverts de friandises et de boissons, les instrumentistes recrutés pour l'occasion et n'appartenant généralement pas à la classe aristocratique se tenant discrètement sur le côté. Cette musique peut aussi être jouée à l'occasion des mariages, des circoncisions et de grandes réceptions lorsque le besoin de créer une atmosphère de beauté, de nostalgie et de bien-être se fait sentir. Les concerts sur scène ou dans les salons d'hôtels de luxe sont relativement récents de même que les concerts radiophoniques ou télévisés et les enregistrements sur disques et cassettes.
Pendant toute la période coloniale néérlandaise, jusqu'en 1945, les chanteurs de tembang sunda étaient en majorité des hommes. Depuis, cela a changé et désormais ce sont les femmes qui tiennent généralement ce rôle, les hommes étant avant tout instrumentistes.
Pour tout mélomane sundanais, le tembang sunda est le meilleur moyen d'échapper à la trivialité de la vie quotidienne. Il chante la nostalgie du passé glorieux du royaume de Pajajaran et les hauts faits de ses héros, décrit de merveilleux paysages de lacs et de montagnes, exprime le sentiment de solitude, la déception amoureuse et le mal du pays dans un style qui, plus que tout autre, appelle à la contemplation et à la mélancolie. Le chant, secondé par la flûte, se développe avec une apparente liberté sur un tapis sonore tissé avec rigueur par l'accompagnement des cithares. Une musique nostalgique, évoquant les splendeurs passées du royaume Sunda et la beauté de ses paysages volcaniques, interprétée ici par l'une des plus grandes chanteuses du genre.
Dr. Ernst Heins
(extrait de la notice du CD Java-ouest, Tembang Sunda)
À écouter :
Java-ouest, Tembang Sunda
Ida Widawati et LS Malati Ida
CD INEDIT W 260056
En tournée :
20 février à La Faiencerie, La Tronche (38), Cycle Musiques Nomades
21 février à Nice (06), Musée des Arts Asiatiques
Bali
TOPENG SHAKTI
accompagné par le gamelan de femmes Mekar Ayu
Maison des Cultures du Monde, 28 février et 1er mars à 20h30, 2 mars à 17h00
Topeng Shakti, le premier groupe de femmes qui interprète les célèbres danses-théâtre masquées de Bali
Le Topeng appartient au répertoire des danses classiques de Bali. Il date d'au moins 500 ans. Contrairement aux autres formes de théâtre dansé balinais qui s'inspirent des épopées indiennes du Mahabaratha et du Ramayana, le Topeng raconte les histoires du Babad, chronique des royaumes indigènes.
Avant que l'histoire ne commence, deux ou trois personnages(pengelembar) exécutent une danse d'introduction uniquement destinée à montrer la virtuosité du danseur. Ils sont les archétypes des premiers ministres, soit jeunes et vigoureux, soit vieux et sages. Ils portent un masque en bois couvrant entièrement le visage.
Puis avec l'entrée des deux serviteurs du roi, Panasar et Wijil, qui seront les narrateurs tout au long du spectacle, la fable est introduite. Ils portent des demi-masques qui leur permettent de parler. Ils préparent l'entrée du roi archétype, le Dalem. Ce personnage hyperbole du raffinement, porte un masque entier blanc, symbole de pureté et de perfection. Il est l'androgyne divin, manifestation de l'osmose entre masculin et féminin.
Le roi, balinais ou javanais selon l'histoire, est le personnage central et le récit se développera autour des événements politiques et religieux qui surgissent dans son royaume.
Jusque-là l'entrée des personnages suit un schéma immuable. Ensuite l'ordre d'entrée se fera suivant les nécessités de l'histoire racontée.
Dans le Topeng, les différents personnages reproduisent fidèlement la complexité de la hiérarchie de la société balinaise. Les bondres, gens du peuple, interprètent les personnages comiques. Ils interviennent maintenant dans l'histoire. Eux aussi portent des demi-masques ou des masques entiers articulés qui leur donnent la liberté de la parole.
Alors que les personnages nobles appartiennent au temps passé, les bondres ont la liberté d'aller et venir entre le passé et le présent, d'être dans le récit ou de parler des événements de l'actualité. Généralement ils sont appelés pour servir la communauté et préparer les festivités religieuses. Leurs improvisations, qui ont pour sujet les problèmes du quotidien ou de société, tels le contrôle des naissances ou les brusques évolutions politiques et économiques, déclenchent le rire des spectateurs.
La pièce se termine par le dénouement des conflits.
La troupe de Topeng Shakti constituée en 1998 par Cristina Wistari sous l'impulsion de son maître I Made Djimat offre aux femmes balinaises l'opportunité de s'exprimer sur leurs propres expériences en tant que femmes par le biais d'une forme artistique dont les codes sont détenus par tous les membres d'une société patriarcale.
Le gamelan de femmes Mekar Ayu a été créé en 1990 par Desak Nyoman Suarti. Les musiciennes sont presque toutes originaires du village de Pengosekan (Ubud). Mekar Ayu a remporté le premier prix au Festival des Arts de Bali en 1997.
Les artistes joueront sur le gamelan gracieusement prêté par l'Ambassade d'Indonésie en France.
À lire :
Catherine Basset
Musique de Bali à Java - l'ordre de la fête
Cité de la Musique-Actes Sud, Paris, 1995
Japon
BUNYA NINGYO
par Takeshi Nishihashi et la troupe Saruhashi-za
Maison des Cultures du Monde, 14 et 15 mars à 20h30, 16 mars à 17h00
Les marionnettes portées de l'île de Sado ancêtres du Bunraku
L'île de Sado, au nord du Japon a, au cours des siècles, accueilli les nobles, les intellectuels et les artistes exilés de la cour et des autres îles du Japon (dont Zeami, le créateur du Nô). Ceci expliquel'incroyable foisonnement de formes artistiques qui coexistent à Sado. Les marionnettes bunya ningyo en sont un exemple l'île de Sado ne compte pas moins de onze troupes.
Les marionnettes bunya ningyo, hautes de 80 cm, se composent d'une tête finement sculptée et peinte à laquelle est fixée une robe. Sous le costume, les deux bras amovibles aux mains plates s'enfilent dans les manches des divers kimonos superposés. La tête est montée sur une tige tenue par la main gauche du manipulateur, qui saisit aussi le bras gauche de la marionnette. La main droite du manipulateur est glissée dans la manche droite de la marionnette et exécute les différents mouvements.
Le répertoire est tiré des épopées japonaises. Il met en scène des aventures de bandits au grand coeur ou de criminels qui se transforment en saints au contact d'un moine ou d'une femme pieuse.
Les bunya ningyo, premières marionnettes "portées", remontent au XVIe siècle. Ce sont les descendantes des boules de chiffons emmanchées ou de têtes que le moine frappait sur le sol en scandant les versets sacrés du bouddhisme. Ces moines itinérants, souvent aveugles, chantaient et étaient accompagnés d'un musicien. Cette expression originelle se nommait samgaku. Les marionnettes se répandant dans diverses provinces prirent une forme très raffinée dans la région de Kyoto et, au XVIIe siècle, elles devinrent le bunraku.
Le bunya ningyo a accédé au Japon au titre de patrimoine culturel immatériel.
Les artistes
Takeshi Nishihashi est le fondateur et le directeur de la troupe Saruhashi-za. Il manipule les deux personnages principaux. Né en 1948, il fait des études théâtrales à l'Université de Waseda et devient en 1970 marionnettiste de bunraku. Il passe régulièrement au Théâtre National de Tokyo, au Asahi-za d'Osaka, dans de nombreuses villes de provinces du Japon et entreprend deux tournées à travers l'Europe. Mais en 1979, il quitte le Théâtre National de Bunraku, qui présente, aux yeux de tout marionnettiste japonais, la plus belle consécration professionnelle. S'écartant donc de la voie royale, il se lance dans une aventure artistique qui répond à ses véritables aspirations et s'installe dans l'île de Sado où il devient membre d'Osaki-za, une troupe de bunya ningyo. Il partage son temps entre le théâtre et la fabrication de figurines en argile dans le seul but de faire vivre son art. En 1995, il monte sa propre troupe, la Saruhashi-za en se fixant comme but de transmettre la tradition du bunya ningyo, mais aussi d'explorer de nouvelles voies, avec des conteurs, des musiciens et d'autres artistes. En 1998, la Saruhashi-za est invitée par la Fondation culturelle Kodo pour accompagner les percussionnistes de Kodo au cours de leur tournée en Grande-Bretagne.
La pièce : Shinoda-zuma
Il y a environ mille ans vivait à Kyoto un célèbre astrologue appelé Abe no Seimei. Ses dons de voyance étaient tels que plusieurs histoires circulaient sur son compte, tentant d'expliquer les sources de ce pouvoir extraordinaire.
Cette version de la pièce écrite en 1674 décrit comment Abe no Seimei était en fait l'enfant d'un homme et d'une renarde.
Quelques années avant le début de l'histoire Abe no Yasuna sauve la vie d'une renarde blanche poursuivie par des chasseurs. Blessé, Yasuna est ramené chez lui et soigné par une superbe jeune fille, Kuzunoha, qui devient son épouse. Kuzunoha n'est autre que la renarde qui s'est métamorphosée en femme.
La pièce commence quand Abe no Seimei découvre la vraie nature de sa mère. Celle-ci est alors contrainte d'abandonner sa famille et de retourner dans la forêt. Cette pièce aborde avec une rare sensibilité l'une des plus douloureuses tragédies humaines : la séparation d'une mère et de son enfant.
Ouzbékistan
ENSEMBLE YASAVI
Chants et hymnes soufis
Maison des Cultures du Monde, 4 et 5 mars à 20h30
Avec le concours de l'Aga Khan Music Initiative in Central Asia, le soutien de l'Aga Khan Trust for Culture et dans le cadre du European Network for World Cultures
Chants et hymnes soufis du Ferghana pour la première fois en France
L'Asie centrale fut un important foyer historique dans la vie spirituelle du monde musulman. Sur les bases du zoroastrisme, du bouddhisme et du chamanisme se sont développées des formes mystiques variées. Dans la ligne proprement soufie, la tariqa Naqshbandi s'est propagée depuis Boukhara jusqu'à l'Europe centrale, l'Inde et la Chine.
La Yasaviya, dont le centre est à Turkestan (au Kazakhstan), représente un autre courant important qui a eu un grand impact populaire notamment à travers les recueils de sagesse en poésie turcique. De plus, cette confrérie, qui favorisait le chant, les litanies (zikr) et la danse, est à l'origine d'une tradition vocale de niveau professionnel qui s'est maintenue malgré 70 ans de politique délibérément hostile aux religieux et aux soufis.
L'indépendance de l'Ouzbékistan n'a cependant pas apporté à ces traditions le souffle nouveau et la reconnaissance que l'on attendait. Tous les lieux saints ont été réhabilités, mais la méfiance contre toutes formes d'intégrisme et d'extrémisme oblige toujours les soufis à une certaine discrétion. Cela n'empêche évidemment pas les chanteurs religieux et soufis de poursuivre leurs activités sans contrainte. Dans les grandes villes du Ferghana, ils sont présents à tous les événements sociaux, les fêtes de toy, données à l'occasion d'un mariage, d'une circoncision, d'un jubilée ou d'une fête religieuse. Leur présence et leurs chants confèrent à l'événement son caractère spirituel, sa sacralité. Héritiers de la tradition soufie la plus libérale, ils chantent avec les instruments de la musique classique ouzbek : dutôr, tôr, tanbûr (luths à manche long), ney (flûte traversière), ghijak (viole), dôyra (tambour sur cadre). Ce n'est que dans les cérémonies de zikr, comme on les pratique encore dans certaines mosquées, qu'ils laissent leurs instruments pour chanter a cappella, soutenus par le choeur des adeptes qui scandent les paroles sacrées.
Parmi toutes les expressions spirituelles et soufies que l'on trouve en Ouzbékistan, celles qui sont réunies dans l'Ensemble Yasavi sont de différents types.
Le duo vocal de Rustam et Ne'mat prolonge la tradition soufie remontant à Turkestan, telle qu'elle fut préservée durant l'ère soviétique par les frères Subhanov. Leur répertoire comporte notamment de grandes épopées religieuses comme celle du sacrifice d'Abraham et Esma'il.
Un autre cas particulier est celui d'Abdusamat qui chante seul avec son dutôr, dans un style qui rappelle celui des poètes populaires du Pamir, ou encore le jeune Is'oq qui a détourné le style de chanson semi-classique pour l'élever au niveau d'un art totalement spirituel.
Tous ces styles, authentiques autant par l'intention et l'impulsion qui les animent que par leur conformité aux canons de l'art sacré, recueillent l'adhésion de musiciens professionnels de haut niveau. C'est autant pour leur plaisir que pour participer à un acte pieux, qu'ils unissent la voix de leur flûte ou de leur viole à celle des chanteurs, en un accompagnement instrumental inspiré et libre qui semble rendre un culte à la Beauté autant qu'à la Divinité.
Jean During
Thaïlande
ORGUES À BOUCHE DES HMONG
Musiques et danses du Triangle d'Or
suivi de la projection de
LES HMONG ET LA MORT
un documentaire de Thierry Zéno
Maison des Cultures du Monde, 8 mars à 20h30, 9 mars à 17h00
Avec le soutien du Service de coopération culturelle de l'Ambassade de France en Thaïlande et du Tribal Institute, Chiang Mai
Les Hmong...
Les Hmong sont un peuple originaire de Chine du sud où leur existence est attestée dès le IIIe siècle av. J.-C. Aujourd'hui encore, on en trouve quelques millions en Chine sous le nom de Miao. Gao Xinjiang, dans son roman La montagne de l'âme, consacre d'ailleurs deux chapitres à la description de leurs fêtes.
Le lent exil des Hmong vers l'Asie du sud-est commence au début du XVIIIe siècle. Fuyant les persécutions, ces agriculteurs de montagne partent en vagues successives et s'établissent au Vietnam, au Laos et dans le nord de la Thaïlande.
Établis dans les montagnes du Triangle d'Or, ils vivent de la culture sur brûlis, produisant du riz, du maïs, du coton, des légumes et font un peu d'élevage. Jusqu'à une époque encore récente, les Hmong de Thaïlande tiraient une partie de leur subsistance de la culture du pavot, mais depuis quelques années ils participent au programme d'éradication de l'opium initié par le gouvernement en partenariat avec des organisations internationales. Les femmes sont réputées comme brodeuses et les hommes comme orfèvres : ce sont eux qui fabriquent les colliers et pièces de monnaie dont leurs femmes se parent lors des fêtes.
... et leur musique
L'instrument de musique emblématique des Hmong est l'orgue à bouche keng qui participe à toutes les cérémonies, notamment lesfunérailles, et est toujours associé à la danse. Tout en jouant, le ou les musiciens exécutent une danse tournoyante, pleine d'élégance dans leurs habits noirs rehaussés de broderies aux couleurs vives. Cette chorégraphie giratoire prend tout son sens lors des rites de funérailles où les tournoiements du musicien autour du pilier des ancêtres symbolisent dans un sens l'accompagnement de l'esprit du défunt vers le monde des ancêtres, et dans l'autre une chicane destinée à l'empêcher de revenir hanter le monde des vivants.
Les orgues à bouche interviennent également lors des fêtes saisonnières, notamment la fête du Nouvel An qui a lieu dans le courant du mois de décembre et donne lieu à des concours de musiciens. Les organistes se mettent à jouer et à danser tous en même temps leurs airs favoris. Le gagnant est celui qui tient le plus longtemps. De la superposition de toutes ces pièces pentatoniques sans rapport entre elles (ce que les ethnomusicologues appellent "polymusique"), il résulte non pas une cacophonie, mais plutôt une ambiance sonore étrange fondée sur un long accord mouvant. De fait, en ces occasions, ce n'est point tant la musique qui semble importante que le jeu, la danse et l'esprit de compétition.
Les Hmong utilisent également d'autres instruments, le tambour lors des rites funéraires, mais aussi la guimbarde pour la cour d'amour, la flûte et un petit aérophone à anche libre ; enfin leurs chants célèbrent la nature et la beauté de leurs femmes.
Le groupe est constitué de dix organistes-danseurs originaires de deux villages situés dans les collines qui longent la frontière avec la Birmanie. Quatre musiciens exécuteront un extrait du rituel de funérailles et les six autres joueront et danseront des pièces de divertissement et de fête.
Pierre Bois
Les Hmong et la mort
un film de Thierry Zéno
Ce documentaire sur les traditions des Hmong a été tourné dans les montagnes du nord de la Thaïlande. Animistes, les Hmong croient que chaque homme possède plusieurs âmes.Quand vient la mort, elles s'échappent du corps et se dispersent. Elles vont se réincarner, ou demeurer à proximité du cadavre, ou encore rejoindre le monde des ancêtres. Les funérailles, très longues et très complexes, expriment une solidarité parmi les hommes autant qu'une relation intense entre les vivants et les morts. Le film se termine à Rennes dans une communauté de réfugiés Hmong. Ils s'inquiètent de ne plus pouvoir enterrer leurs morts selon la tradition.
16 mm - Couleurs - 56 mn - Production : Zéno Films, Bruxelles.
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